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vendredi 28 février 2020

Schovanec se lâche et va au clash


Et c’est réjouissant. Voir les « stars » auto-diagnostiquées autistes, auto-proclamées porte-paroles, ainsi que certain(e)s auto-proclamé(e)s représentant(e)s de la cause se faire gifler si brillamment… je kiffe !


EXTRAITS :

À propos des diagnostics abusifs :
« À peu près tous les professionnels de l'autisme constatent que la part des diagnostics abusifs a totalement dérapé mais peu de gens osent parler, tant le tabou est lourd. »
 (…) « lorsque la personne présente ce que j'appellerais le « carré magique de l'inclusion sociale », à savoir emploi-logement-famille-voiture, avec une mention particulière pour les personnes ayant eu un nombre important de partenaires sexuels. Autant de signes qui doivent inciter à la plus grande prudence. »
(…) « D'autres catégories médicales sont souvent confondues avec l'autisme, à l'instar de l'alcoolémie fœtale, qui pourtant s'accompagne de traits parfaitement observables sur le visage des gens, leur taille, etc. Résultat, tout le monde est autiste. L'abus diagnostic coexiste souvent avec un sous-diagnostic des autistes réels. »

À propos des erreurs d’étiquetage dans le diagnostic (notamment autres troubles psychiques ou sociaux) :
« À ce titre, il convient de préciser que s'intéresser à soi-même, passer son temps sur Facebook, aimer la nature ou encore le sexe ne sont pas des centres d'intérêt autistiques. »

À propos de savoir ci ce phénomène touche plus les femmes que les hommes :
« Ceci étant, je constate une montée forte des diagnostics problématiques chez les hommes également, par mimétisme ou, tout simplement, par volonté d'être dans un environnement féminin – d'ailleurs parfois avec des visées plus ou moins avouables. »

À propos des professionnels qui délivrent les diagnostics :
« Les professionnels de santé s'adaptent de diverses façons : certains cèdent, d'autres changent d'activité, d'autres écrivent délibérément des âneries sur la feuille comme pour alerter « diagnostic faux » et d'autres encore en font un business de façon assumée. »

À propos de la situtation dans les autres pays :
« Il y a plusieurs termes pour désigner les personnes à diagnostic douteux : Aspinets, Wannabe, Barbie, autistes bling-bling, etc. Cette « mode » est en effet plutôt venue du monde anglophone. La France a basculé vers 2016 ou 2017. À présent, la situation est telle que, lorsque le film Hors Normes est sorti, le public a été surpris de voir de « vrais » autistes ».

À propos de l’impact sur les personnes vraiment autistes et en situation de handicap :
« On pourrait y ajouter un discrédit croissant de la notion même d'autisme. Les gens ne sont pas dupes, quand des personnes non-autistes n'ayant pas le moindre signe de handicap sont médiatisées, ils le remarquent, bien qu'ils n'osent, en général, rien dire publiquement. »

À propos des diagnostics précoces :
« Une piste, en effet, pourrait être de mettre l'accent sur le diagnostic dans l'enfance. Une autre serait de responsabiliser les journalistes (dont je fais à ma façon partie aussi), en disant qu'il est anormal, par exemple, que les cinq podcasts sur l'autisme de Télérama réalisés fin 2019 soient tous féminins et portent majoritairement sur la vie affective. »

À propos du fait que Josef ne mâche pas ses mots :
« La première réaction au fait que j'aie accepté cette interview a été « C'est courageux de ta part ». Un ami canadien m'a, de son côté, fermement déconseillé de parler de ces choses. Je sais que cela me vaudra de gros ennuis… Mais je dirai la vérité quoi qu'il m'en coûte. »


Bon maintenant Josef, après tout ce beau discours, te dégonfle pas : publie-le, ton diagnostic !

mardi 26 novembre 2019

Star de l’autisme ou « idiot utile » pour la psychanalyse ?


Dans un billet, le « Dr BB » revient sur l’interview d’Hugo Horiot sur France Culture du 10 octobre dernier, à propos du film « Hors Normes » et de l’autisme en France.

Pour peu que vous soyez un tant soit peu sensé et connaissiez l’autisme, vous avez dû sursauter plusieurs fois en entendant celui qui se dit lui-même imposteur débiter un flot d’assertions qui m’ont laissée pantoise… Mais comment les journalistes peuvent encore accorder du crédit à ses paroles ? N’y a-t-il personne d’autre à interroger en France, que ces stars auto-proclamées, auto-diagnostiquées de l’autisme, qui prétendent que nos enfants sont tous des petits génies qui n’ont qu’à envoyer leur CV à Silicon Valley pour résoudre les problèmes, non seulement de l’autisme, mais du monde entier ? Comment peut-on, même en n’étant pas personnellement touché par l’autisme, laisser dire tant de bêtises, sans contradiction possible ?

Hugo Horiot réussit le miracle à faire paraître plein de bon sens le Dr BB, psychiatre d'orientation psychanalyste, et à me mettre d’accord avec lui sur pas mal de passages de son billet, c’est dire ! Il offre donc un boulevard pour la défense de la psychanalyse pour l’autisme…



Quelques extraits percutants que je vous livre ici :

Parfois, on ressent fortement le besoin de réagir à certains propos proférés en toute impunité, avec la complicité déroutante d’instances médiatiques de référence. Ainsi, j’ai été assez interloqué à l’écoute de la matinale de France Culture du 18 octobre dernier, au cours de laquelle était interviewé l’écrivain et comédien Hugo Horiot, militant pour la dignité des personnes autistes. A cette occasion, l’invité de la matinale revendiquait son statut d’autiste diagnostiqué précocement mais ayant échappé à la « psychiatrisation », alors que les médecins qu'il avait rencontrés à l’âge de 2-3ans lui auraient prévu un aller simple en hôpital psychiatrique. Né Julien Horiot, il a changé de prénom à 6 ans pour « tuer en lui le dictateur », ce qu’il a rapporté dans un essai autobiographique intitulé « L’empereur, c’est moi ».

Actuellement, Hugo Horiot poursuit sa carrière d’écrivain, en axant sa production littéraire sur la dénonciation des stigmatisations à l’égard de la différence cognitive ou de la pathologisation de la différence (« Autisme : j’accuse ! »). A ce titre, il est régulièrement consulté en tant qu’expert sur la question par les institutions européennes, mais n’a pas souhaité participer à l’élaboration du 4ème plan autisme, en raison de la présence du « lobby psychiatrique » et du « lobby médico-social ». De fait, Hugo Horiot demande explicitement que l’intégralité des fonds alloués à l'institutionnalisation des autistes en France soit réaffectée pour qu’enfin la France puisse exploiter (sic) ces intelligences divergentes.

Effectivement, durant toute l’émission, l’invité de Guillaume Erner a revendiqué la fermeture de toutes les institutions accueillant des personnes autistes, arguant du fait « qu’il n’a a pas de bonne institution », et qu’il faut donc libérer ces enfants retenus captifs entre les murs de structures cherchant à préserver une manne financière. Un seul mot d’ordre donc : l’inclusion et la scolarisation pour tous - l’école n’étant visiblement pas une institution et n’ayant pas non plus de murs…

Lorsque le journaliste questionnait son invité sur sa représentation de l’autisme, celui-ci présenta ‌‌des conceptions à la fois très vagues, et néanmoins assénées comme une vérité intangible. Dans une perspective historique, Hugo Horiot évoquait la découverte de l’autisme par Eugen Bleuler en 1911 – je rappellerais simplement que le psychiatre suisse utilisait alors ce néologisme pour décrire certains regroupements symptomatiques dans le cadre de sa description princeps de la schizophrénie ; il faudra effectivement attendre 1943 pour que Léo Kanner décrive le tableau clinique de l’autisme infantile précoce. Voici les caractéristiques de l’autisme que rapportaient Hugo Horiot : une association d’hyper et d’hyposensibilité et des intérêts restreints avec des pics de compétence très élevés dans certains domaines. En lien avec son propre parcours, Hugo Horiot a beaucoup insisté sur le fait qu’il n’y avait pas de retard de langage, mais une émergence différée de la parole. Toute évocation d’une éventuelle souffrance était aussitôt évacuée, et appréhendée uniquement comme la résultante d’une forme de racisme cognitif et d’un traitement ségrégatif imposé à cette population. Pour ce militant, les notions d’ « autisme sévère » ou d' « autisme léger »sont tout simplement inexactes et préjudiciables. Parlant de son propre vécu de l’autisme, Hugo Horiot évoquait, en toute modestie, ses capacités hors-normes, en termes de concentration, de capacités à faire des liens, ou de performances mnésiques.

[…]

Dès lors, on comprend qu’Hugo Horiot puisse comparer, sans frémir, la politique française à l’égard du handicap et de l’autisme aux programmes eugéniques du IIIe Reich….Lors de l’émission, le journaliste Guillaume Erner ne sembla d’ailleurs pas particulièrement choqué face à ce genre d’allégations, qu’il ne chercha pas à remettre en cause…Certes, notre système de santé a mis en place un dépistage anténatal facultatif de la trisomie 21, et l’éventualité d’une interruption thérapeutique de grossesse est proposée aux parents, en cas de diagnostic positif. Cela peut effectivement soulever certains questionnements éthiques. Néanmoins, il n’y a pas là de programme politique d’éradication, même si les structures d’accompagnement sont insuffisantes. De surcroit, la situation de l’autisme est absolument incomparable, compte-tenu non seulement des enjeux génétiques spécifiques que nous aborderons ultérieurement mais aussi des aspects proprement cliniques.

En entendant ce type de propagande, à une heure de grande écoute, sur une radio publique, sans qu’aucun contradicteur sérieux ne puisse opposer certains éléments de réalité, j’étais assez abasourdi.

En tout cas, en s’en tenant strictement au contenu discursif de cet entretien, un certain nombre de réflexions à l’emporte-pièce– et d’affects- ont pu m’envahir. En toute humilité, je souhaiterais pouvoir partager ces ressentis, même s’ils ne sont pas politiquement corrects. Par ailleurs, il m’a semblé important de pouvoir développer certains points effleurés à la hussarde, afin de ramener des faits, au-delà de revendications militantes hors-sol et déconnectées des enjeux de réalité.

Pourquoi Guillaume Erner n’a-t-il pas fait son travail de journaliste, en adhérant de plain-pied à des propos idéologiques ? Pourquoi aucun soignant prenant en charge au quotidien des enfants autistes n’a-t-il été convié sur l’antenne de France Culture, de façon à pouvoir éventuellement faire entendre des points de vue complémentaires, divergents, voire contradictoires ? Car il faut savoir que la deuxième partie de l’émission était consacrée au film « Hors-normes » d'Eric Toledano et Olivier Nakache, constituant d’après Hugo Horiot une « peinture très crue de la dérive institutionnelle dans la prise en charge de l'autisme, à laquelle nous sommes confrontés en France depuis les années 60 ». Ce long métrage montrerait donc que, « même avec des associations qui leur viennent en aide, et donc avec des personnes de bonne volonté qui sont là pour palier une déficience de notre éducation nationale » - contrairement aux soignants qui sont surement mal intentionnés – « on tombe dans une impasse, liée à une forte exclusion sociale de ces profils ».

Je formule une hypothèse : le journaliste des matins de France Culture était pétrifié, car il craignait d’être accusé, d’une façon ou d’une autre, d’intolérance voire d’ « autismophobie » - mais peut-être que, tout simplement, Guillaume Erner pense qu’il existe des similitudes effectives entre la politique nazie d’épuration des handicapés et notre contexte français contemporain…

Voilà le fond de ma pensée : ne pas s’autoriser à contredire un interlocuteur, parce qu’il serait autiste, ou juif, ou homosexuel, ou victime de toute forme d’oppression ou de stigmatisation, consisterait à adopter une posture paternaliste et condescendante, proche d’une forme de racisme en négatif. A partir du moment où l’on reconnait l’entière responsabilité discursive de la personne avec laquelle on interagit, il convient effectivement de s’autoriser à exercer son esprit critique, au nom justement du refus de toute discrimination. Evidemment, les choses seraient un peu différentes avec une personne appréhendée comme partiellement irresponsable, comme un enfant ou un individu présentant une déficience mentale ; dans cette situation, un devoir de réserve s’imposerait de soi.

[…]

Mr Horiot nous prouve d’ailleurs qu’on peut se revendiquer autiste, tout en n’exprimant aucune plainte fonctionnelle, et en mettant surtout en avant des surcapacités. Et, si l’on veut être tout à fait honnête, en l’écoutant sur France Culture, j’étais surtout exaspéré par une certaine dimension narcissique dans la présentation de sa personne, par ce qui m’apparaissait comme une fausseté du raisonnement, et par des tendances sensitives exacerbées. Il parait évident qu'une personne « autiste » qui ne présenterait aucune trouble dans sa vie sociale et le déploiement de son autonomie n'aura absolument pas besoin d’accompagnement ni de soins. Cependant, il devra se confronter au médecin dans le cadre du diagnostic. Mais alors, pourquoi vouloir diagnostiquer dans ce cas ? Pourquoi revendiquer ce statut plutôt que celui de sujet singulier, avec ses particularités de fonctionnement, ses qualités, ses compétences, ses fragilités et ses défauts ? Quel est le sens de cette recherche de catégorisation nosographique ?

Il ne s’agit pas de nier la neurodiversité, au contraire. Chaque personne est absolument singulière, et cette singularité s’inscrit à l’évidence dans les particularités de son fonctionnement cérébral. Certains sont peut-être plus différents que d’autres, et tant mieux. Mais convient-il subséquemment d’essentialiser cette « différence », et secondairement imposer à tous ceux qui seraient catégorisés de la sorte une façon univoque de vivre son « autisme » ?

Il faut dire que, pour la plupart des autistes militants de la neurodiversité, la reconnaissance de leur statut d'opprimé leur apporte une certaine reconnaissance médiatique, la certitude d'être appréhendé en tant que victime racisée subissant un authentique préjudice social, le bénéfice d’une posture héroïque de justicier à peu de frais, une certaine intouchabilité (qui prendrait le risque d'être taxé d'autistophobe?), voire un véritable fonds de commerce.

Joseph Schovanec, évoquant le triste destin des militants dans l’autisme, rappelle d’ailleurs les dérives de certains, « fascinés par l'argent, le pouvoir et leur nouveau statut social » et le fait que « désormais les autistes militants se haïssent entre eux avec la constitution de clans qui n'ont d'autre objet que de détruire ou évincer l'autre ». Les autistes seraient-ils donc des êtres humains comme les autres, happés par les mêmes passions tristes, la même volonté de puissance, et les mêmes enjeux narcissiques que les « neurotypiques » ?

On peut penser en tout cas que certains militants de la cause autiste sont mus par une animosité assez débordante, voire par une haine authentique, à l’égard du soin au sens large. En témoignent ces quelques citations extraites du blog tenu par Hugo Horiot sur Mediapart.

« La psychanalyse, c’est comme une partouze. Elle doit se pratiquer entre adultes consentants, sinon ça devient dangereux. Pour l’enfance en général et les enfants autistes en particulier, les théories d’inspiration psychanalytique mènent à des dérives tragiques et fatales : packing, placements abusifs, psychiatrisation, culpabilisation des parents… ».

A nouveau, des accusations qui mobilisent des fantasmes très crus, sans jamais prendre en compte la réalité des pratiques…Toujours les mêmes ritournelles, méprisantes à l’égard tant des soignants que des patients pris en charge.

« Il s’agit également de réaffecter l’orgie de moyens, 3 milliards d’euros annuels alloués aux Hôpitaux de jour (source Ministère de la santé) pour tenir enfermés 10 000 enfants, vers des établissements médicaux sociaux adaptés mais surtout vers l’école de la République ».

Les hospitaliers mobilisés afin d’obtenir des moyens adaptés pour garantir des soins décents apprécieront – ainsi d’ailleurs que les enseignants… Le véritable scandale actuel ne serait donc pas la proportion affligeante d’enfants laissés sans prise en charge, ou mal accompagnés, avec un impact tout à fait préjudiciable pour leur devenir, mais le gâchis induit par les dépenses publiques en faveur des institutions thérapeutiques….Affirmer un autre point de vue ne serait qu’esbroufe, manipulation et mensonge car, pour Hugo Horiot, « ce type d’affirmation vise à maintenir un mythe, une croyance pour préserver un juteux marché, au mieux de l’assistanat et au pire de l’exclusion, financé par de l’argent public ». Bigre… « Les autistes ne souffrent pas d’autisme. L’autisme souffre de l’ignorance des uns et de l’opportunisme mercantile des autres ». Mais bien sûr ! Il fallait y penser : tous ces enfants sans langage, enfermés dans leurs stéréotypies, pouvant se mettre en danger du fait de l’intensité de leurs comportements auto-agressifs et présentant des crises d’angoisse massives au moindre changement dans leur environnement, ne bénéficient de soins institutionnels que pour enrichir les soignants du service public. Quel aveuglement : « un autiste visible et non verbal sera considéré comme déficient mental alors qu’il s’agira souvent d’une déficience sociale engendrant une apparente déficience mentale ». Pourquoi donc passons-nous à côté de ses potentiels exceptionnels, à exploiter et à valoriser comme un réservoir de compétences hors normes ? Soyons utilitaristes avant d’être humanistes, sinon « notre pays ne sortira jamais du communautarisme, de l’assistanat de masse et du chômage ». Le vieil adage socialiste « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », doit effectivement être battu en brèche selon notre apôtre de la justice social : il faut avant tout exploiter, tirer profit, avec pragmatisme. Et, de surcroit, la fermeture des tous ces établissements ségrégatifs voire maltraitants et l’entrée des autistes sur le marché concurrentiel du travail résoudra les problèmes sociaux de chômage, d’endettement public, d’inégalités sociales, de discrimination, de performance et de compétitivité ! A bon entendeur…

Il ne sera pas inutile de revenir sur certaines de ces allégations à l’occasion d’un prochain billet, pour ramener un peu de réalité au sein de ce déluge d’acrimonie délirante….

Ce qui parait en tout cas particulièrement problématique, c’est le relais médiatique dont bénéficie cet « expert » et l’influence qu’il revendique pouvoir exercer, notamment auprès des instances européennes. […]

Il est ainsi intéressant de constater à quel point ces discours peuvent infuser insidieusement dans les représentations collectives, du fait notamment de leur omniprésence médiatique.

Dans cette optique, revenons donc sur le film « Hors-normes » d'Eric Toledano et Olivier Nakache, auquel la deuxième partie de la matinale de France Culture était consacrée. Ce long métrage présente le travail associatif d’éducateurs accompagnant des personnes autistes insuffisamment prises en charge par ailleurs. Le projet de montrer à l’écran ces situations complexes et douloureuses parait en soi tout à fait louable, même si les écueils sont nombreux (caricature, instrumentalisation idéologique, narration positive évacuant les aspects réellement problématiques, etc.). Stéphane Benhamou, le fondateur de l’association le Silence des Justes, campé à l’écran par Vincent Cassel, s’exprime ainsi concernant son action : « Nous avons comblé les manques, nous nous sommes infiltrés dans les interstices du système pour pallier les carences d’un pouvoir politique qui accorde trop peu de moyens ». D’emblée, nous nous situons donc dans une forme de dénonciation de l’insuffisances actuelle des dispositifs mis en œuvre, ce qui parait indubitablement légitime. Cependant, le « modèle » proposé devrait nous interpeller : en effet, il s’agit manifestement de promouvoir des initiatives individuelles, menées par des personnes qui, indépendamment de leur bonne volonté, n’ont aucune formation. Au-delà des bons sentiments, on sait bien que de telles modalités d’intervention peuvent être très périlleuses, avec notamment un risque non négligeable de négligences, de préjudice en termes de pronostic, voire de maltraitance…Il parait évident que la compétence intrinsèque des intervenants, leur personnalité, leur motivation et leur implication constituent des éléments déterminants dans la qualité d’un accompagnement – et le film souligne d’ailleurs à juste titre l’importance du facteur humain et de l’investissement relationnel. Cependant, c’est une condition qui peut être nécessaire, mais surement pas suffisante ; certaines aptitudes ne s’improvisent pas et nécessitent un apprentissage rigoureux, tant sur le plan pratique que théorique, une supervision par des tiers, etc. De surcroit, le travail thérapeutique suppose toujours une forme d’organisation institutionnelle, des références collectives, des normes éthiques, des abords pluridisciplinaires, des évaluations de pratique… […]

J’étais donc un peu atterré à l’écoute de cette émission de France Culture, qui consistait finalement à valider des discours superficiels, caricaturaux et réducteurs, en adhérant de plain-pied avec l’air du temps. Car, au-delà de la dénonciation militante, de la bien pensance et des bons sentiments, il convient sans doute de saisir ce que ce type de discours cherche à ébranler, inlassablement.

[…]

Moi aussi, je suis atterrée.


lundi 26 mars 2018

Un vendredi comme les autres.


Un vendredi. Vous commencez la journée bien calmement, vous avez du boulot, pas trop urgent, mais votre planning est fait.

N’y comptez plus, il va être bouleversé.

D’abord, vous tombez sur cet article.

Cela vous énerve un peu, car en substance, même s’il y a des choses vraies dedans que l’on peut partager à 100 % (l’école, l’inclusion), prôner l’absence d’interventions à destination des personnes autistes « pour ne pas les changer » c’est facile à dire quand on a un haut niveau sans besoin d’aide ou qu’on n’a pas de diagnostic d’autisme.

Lorsque vous vous occupez quotidiennement de familles concernées par de l'autisme sévère, ce genre de discours par une personne censée représenter la communauté autistique sans en faire partie vous énerve un peu, car il justifie le désengagement de la France sur la prise en charge financière des interventions.
D’autant plus que vous êtes très bien placée, en tant que mère d’un enfant qui présentait des troubles sévères dans la petite enfance et dont l’autisme est quasi-indécelable aujourd’hui (bien que toujours présent), cela grâce à des interventions intensives, pour connaître leur nécessité.

Mais ce n’est que le commencement de cette foutue journée.

Bon alors, du coup vous enchaînez avec la lecture du bouquin de l’acteur et écrivain qui surfe sur la vague de l’autisme. (Mauvaise idée).

Pendant que vous apprenez l’attentat de Trèbes, vous avez du mal à croire que vous n’hallucinez pas quand vous lisez ce passage :

"C'est alors qu'il sortit de la théorie pour raconter ses expériences et travaux pratiques : l'élaboration de bombes artisanales. Selon lui, il était temps d'éveiller les consciences et de les mettre au pas. Les tests en milieu naturel et isolé s'avéraient très concluants... Ne manquaient plus que les cibles et une stratégie. Son ambition était de taper haut et fort pour que la peur change de camp. Il était temps que cette "sous-race de neurotypiques", c'est-à-dire les gens soi-disant normaux, cesse de regarder les autistes de haut et de les opprimer, d'enfermer nos frères et de les exclure.
         Il ne se cachait pas de chercher une cible appropriée en vue d'une action spectaculaire. Fallait-il viser une école récalcitrante à accueillir nos enfants ? Un tribunal ayant statué sur des placements abusifs d'une fratrie d'autistes* ? Le siège d'une association gestionnaire d'établissements onéreux et inappropriés ? Un ministère ? Les possibilités ne manquaient pas. Le tout était de trouver un symbole fort.
    *Affaire Rachel
        "Pour libérer nos frères de la séquestration médicale, nos frères pris en otages par les lobbies médico-sociaux et prisonniers des institutions : je suis prêt ! Prêt à organiser des troubles autistiques nationaux ! Des cendres de la dictature neurotypique surgiront les fondations de l'État autistique !"
      Face à cette tournure politique inattendue et inquiétante, je prétextai une fatigue soudaine pour l'éconduire, tout en lui promettant de garder un contact discret.
     Que fallait-il faire ? Dénoncer ce potentiel autistico-terroriste aux autorités sans faire la part de ses fantasmes et de ses intentions ? Garder le secret sur cette entrevue en espérant qu'il renonce au passage à l'acte ? Avertir ses proches ? Et si jamais ceux-là mêmes étaient complices et partisans ?
     Je n'ai rien fait."
   
Ainsi donc, le monsieur est au courant de projets d’attentat (soit dans une école !!! ou dans un tribunal, une association gestionnaire, un ministère) et n’a rien dit ! Ce qui tombe tout de même (et heureusement) sous le coup de la loi.

Il a beau s'être "dédouané" de toute responsabilité par cette mise en garde, c'est un peu léger...

"Avertissement

Les libres propos qui suivent sont assurément porteurs d'une certaine violence. Mais je refuse d'emblée - et avec mon éditeur - ceux qui voudront brûler mon livre comme ceux qui y puiseraient parole d'Évangile. Aussi, je me désolidarise et condamne sans appel toutes les agressions, brutalités ou exactions qui seraient commises par des autistes ou en leur nom, suite à la lecture de ce que j'ai voulu comme un cri de colère légitime."

Je vous passe les délires sur le chapitre où l’on apprend que les autistes ont fiché les neurotypiques et les manipulent, que demain les premiers seront plus nombreux que les seconds, et qu’alors ils pourront voir ce que ça fait d’opprimer une minorité. Que la recherche a pour but de faire avorter toutes les mères porteuses d’enfants avec autisme afin que les neurotypiques échappent à ce sort funeste.

Ce qui est interpelant dans ce délire, c’est combien les mots de ce passage transpirent la haine envers le genre humain.

Plus inquiétant, sur Facebook, certains autistes ou autoproclamés comme tels approuvaient tout à fait ce passage. Je comprends qu’ils aient souffert par une société inadaptée, mais si tous les gens qui ont souffert devraient haïr les êtres humains au point de vouloir opprimer, voire pire, une catégorie bien déterminée (en l’occurrence les personnes non autistes), je connais beaucoup de gens bons qui seraient devenus de véritables dictateurs…

Mais vous n’avez pas fini. Ce même jour (décidément ! ) le monsieur continue à sévir sur RMC.

Dans la continuité des délires précédents, on y « apprend » que si l’Elysée ne prend pas en compte les compétences (notamment informatiques) des autistes, il sera bientôt à la botte du Kremlin… Pour « preuve », les attaques de Moscou sur les récentes campagnes électorales.

Moins drôle et avec des conséquences possibles, le monsieur parle d’une affaire judiciaire en cours, que visiblement il ne connaît pas bien car il en rapporte des choses inexactes, mettant peut-être les protagonistes dans une situation délicate. À sa décharge, beaucoup de gens ont médiatisé cette affaire (en connaissant toutefois le dossier). Beaucoup l’ont fait par empathie. D’autres l’ont fait pour des motifs moins avouables de recherche de reconnaissance, que cela puisse leur servir dans leur vie professionnelle ou sociale. On m’a même reproché de ne l’avoir pas fait. Mais avec le recul, c’était évidemment le bon choix.

Mais un fait plus grave à ce sujet était bien dans le livre, puisque le projet d’attentat visait justement le tribunal ou est jugé cette affaire.

Tout le week-end, la sphère facebookienne s’est enflammée pour cette histoire.

Le Lundi.
Le monsieur a remis ça dans une nouvelle interview où, malgré que les commentateurs lui aient expliqué son erreur sur l’affaire judiciaire, il récidive sans corriger le tir.

Il y a même un groupe fermé qui a été créé sur Facebook pour le « défendre » des « vilains » parents contre lui.

Je parie que cet article y figurera en bonne place avec un déferlement de haine dans les commentaires. Je parie aussi que bon nombre de ceux qui y sont ont pleuré comme vous pour Trèbes.

On en reparlera si un jour le concept du respect de la neurodiversité (respect qui en soi est plus que légitime et que moi aussi j’appelle de tous mes vœux) mais dont le discours tronqué, porté par des autistes de très haut niveau sans besoins particuliers ou par des pseudos-autistes, demande d’arrêter les interventions, justifiera un désengagement encore plus important de l’État français qu’il ne l’est aujourd’hui.

On dit aux enfants de ne pas mettre les deux doigts dans la prise, que c’est dangereux. Mais certains pensent qu’on leur ment… et le font quand même. Les partisans du bouquin pousseront-ils le bouchon jusqu’à se réjouir que cela puisse faire office de sélection génétique ?