jeudi 29 décembre 2011

Des voeux, des vies

Je laisse la parole -  et le soin de vous souhaiter une belle année - ici à mon ami Jean-François Delsarte, dont la sagesse peut étonner en regard de sa jeunesse, mais "Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années" :

Que pourrais-je vous souhaiter pour l'année 2012 ? De quoi avons-nous vraiment besoin ?

La meilleure santé possible sans aucun doute puisque le bien être et le confort qui en résulte facilitent grandement la vie quotidienne et permettent de se consacrer aux projets qui nous tiennent à cœur.

Le bonheur, dans son acceptation familiale pour la plupart d'entre nous en recevant l'amour qui est si nécessaire à notre épanouissement personnel.

La prospérité, censée libérer l'esprit de certains soucis basiques.

En fait, nous voyons, tous les jours, des personnes à qui il manque la réalité d'un ou plusieurs des ces éléments indispensables et qui forcent notre admiration par leur bonheur, leur capacité de résilience, leur altruisme, leur dynamisme. Mes vœux feraient-ils fausse route ?

L'égalité dans notre monde n'existe pas. Même si les milliards que nous sommes permettent et nécessitent de dégager des caractéristiques statistiques, chaque être est particulier tant les combinaisons peuvent être infinies. Alors comment présenter des vœux qui soient adaptés ?



Ne devons-nous pas surtout souhaiter à chacun la lucidité qui lui permette de se bien connaître ? L'équilibre personnel et environnemental qui lui permette de s'accepter tel que la nature l'a créé, sans vouloir se leurrer, ni tromper les autres? Le courage et la volonté qui lui permettent, compte tenu de ce qu'il est, de mener sa vie de telle manière qu'il utilise au mieux son potentiel pour améliorer le bonheur du cercle plus ou moins large de ceux qu’il côtoie.

Plus collectivement encore, ne devons nous pas souhaiter à chacun le courage de s'attacher à voir et à comprendre le monde et la problématique des nombreux groupes humains qui l'entourent ? Et surtout, ce premier effort fait, d'organiser son action personnelle de la manière la plus profitable à l'ensemble de cette collectivité ?

C'est plutôt ainsi que je souhaite vous présenter mes vœux pour 2012. Que chacun d'entre vous s'efforce de prendre une conscience objective du monde dans lequel il vit. Qu'il sache mesurer tout aussi objectivement sa position dans ce monde, handicaps et atouts. Qu'il ait le courage de mener son action, que ce soit dans le cadre familial, professionnel, public, dans le sens du mieux collectif sans se limiter à sa sphère personnelle.



Bonne année donc, et tous mes vœux d'accomplissements pour 2012.



Jean-François Delsarte

Conseiller

Cabinet de la Ministre

Marie-Dominique Simonet

mercredi 21 décembre 2011

Le Reniement ou les deux visages du gouvernement ou encore les deux visages de Mme Montchamp

« Or, pour des pathologies lourdes, comme le polyhandicap, l'autisme ou les traumatismes crâniens, on sait depuis des années qu'il y a un manque criant de places en France. On sait que nombre de familles sont obligées d'aller jusqu'en Belgique pour placer leur enfant parce qu'elles ne trouvent pas d'établissement spécialisé dans leur région. Comment peut-on accepter de faire supporter cela à des familles ? »


Je me rappelle avoir visionné sur Internet un des meetings du président pendant la campagne de 2007 où il promettait « le retour des exilés de Belgique ». Je ne retrouve plus cette vidéo.



« Eh bien je vous l’annonce, j’ai décidé que l’autisme serait la « Grande cause nationale » pour l’année 2012. Cette distinction est un message d’espoir en direction des personnes autistes et de leur famille.

Avec cette cause nationale, nous voulons leur dire que nous allons combattre ensemble les méconnaissances et les préjugés qui ont longtemps entouré l’autisme dans notre pays. Et c’est ainsi que nous remplirons notre devoir collectif qui est de signifier à chaque personne autiste qu’elle a le droit au respect le plus absolu et à une insertion dans notre vie sociale. »



Marie-Anne Montchamp, Secrétaire d’Etat auprès de la Ministre des solidarités et de la cohésion sociale, Rudy Demotte, Ministre-Président de la Wallonie, Eliane Tillieux, Ministre wallonne de la Santé, de l’Egalité des Chances et l’Action sociale signent le mercredi 21 décembre 2011 un accord cadre entre le Gouvernement de la République Française et le Gouvernement de la Région wallonne portant sur l’accueil des personnes handicapées.

Mme Montchamp a un sens bien particulier de l’agenda : le mercredi 21 décembre, toute la France est en vacances. Ce sera une semaine plus tard pour la Belgique. Il va sans dire que les associations françaises n’ont été prévenues que la veille, et que la conférence de presse qui suit la signature n’est réservée qu’aux journalistes accrédités. Un mercredi, ça tombe à pic, cela évitera aux députés de l’opposition dont la colère gronde sous la pression des familles de venir protester officiellement contre l’entérinement du désengagement de notre pays envers les personnes handicapées.


Décidément, Mme Montchamp continue à nous décevoir, ainsi que je l’évoquais dans un précédent billet. Tout cela pour légitimer son parachutage aux législatives dans la circonscription du Benelux… Voyons, électeurs, parmi les candidats officiellement déclarés/investis, il vous reste encore le choix entre l’investi par l’ARES Dominique Paillé (bien que ce ne soit pas une casserole qu’il traîne, mais plutôt une batterie de cuisine), le candidat PS Philip Cordery ou la candidate sans étiquette Virginie Taittinger, tous deux non parachutés (ça change).


Mon avis à moi ? Je suis écœurée. Avec les associations belges et françaises, nous n’avons eu de cesse ces dernières semaines de tirer la sonnette d’alarme devant nos découvertes de dysfonctionnements dans ce système. Sans parler des récents cas où des handicapés belges ont eu à souffrir du manque de places dans leur propre pays.

Tous mes remerciements à mon pays d’adoption, de cœur dont j’ai l’honneur aujourd’hui de porter la nationalité, tous mes remerciements pour sauver les handicapés français d’un sort terrible d’abandon ou de prise en charge néfaste. Honte à la France.



Ici, le Communiqué de presse du CDH français.

mardi 13 décembre 2011

une maman de antony temoigne du parcours de sa fille, autiste

Analyse des affirmations de Mme Eliacheff

Un billet du Pr Jacques Van Rillaer :


Émission Les Matins de France-Culture du 7 décembre 2011



« Des personnes bien intentionnées, c'est bien pire que celles qui le sont mal »

Jacques Lacan, Séminaire XX, Seuil, 1973, p. 64.



1. Une trentaine de psychanalystes « se sont fait rouler dans la farine »


Mme Eliacheff reproche à Sophie Robert de s’être présentée comme journaliste travaillant pour Arte, raison pour laquelle ces analystes ont accepté d’accorder de longs interviews. Mme Eliacheff souligne que tous ces analystes ont « une renommée nationale voire internationale ». Autrement dit, ce sont des experts des profondeurs de l’âme.

Celui qui connaît bien les mœurs freudiennes et lacaniennes ne s’étonne guère de la naïveté de ces personnages de grande renommée. Freud lui-même, brillant théoricien et écrivain, manquait totalement de clairvoyance quand il s’agissait d’évaluer des personnes. Les deux disciples auxquels il a accordé les plus hautes responsabilités (Adler s'est vu nommé en 1908 Président de la Société viennoise de Psychanalyse et Jung, en 1910, Président de l'Association internationale de Psychanalyse) sont devenus des « dissidents » très peu de temps après leur nomination. Rank et Ferenczi, qui furent longtemps les disciples préférés après la rupture avec Jung, se sépareront également de Freud. Ils diront que « Freud n'avait pas plus d'intuition qu'un petit garçon » (cités par Jones). Par contre, Freud s’est toujours méfié de Jones et d’Abraham, des disciples qui lui resteront fidèles jusqu'à la mort.

Moi-même j’ai été le premier assistant du professeur Jacques Schotte, à l’époque Président de l’École belge de psychanalyse (l’équivalent belge de l’Ecole freudienne de Paris). En 1972, j’ai défendu ma thèse de doctorat sur Freud, devant un jury composé de quatre psychanalystes et un psychosociologue (c’était l’époque où, à l’université de Louvain, le feudo-lacanisme régnait souverainement). Le jury a trouvé que c’était tellement « brillant » (en fait, tellement conforme aux dogmes freudo-lacaniens) que deux ans plus tard j’étais nommé chargé de cours à temps plein à la Faculté de médecine de l’université de Louvain. Les professeurs qui m’avaient fait nommer étaient bien sûr des psychanalystes ou des gens favorables à ce courant (c’est le système de cooptation, assurant « la reproduction » ). Comment n’ont-ils pas vu que j’allais changer d’avis en 1979 et devenir ensuite très critique à l’égard des élucubrations et des mœurs freudiennes ?

L’autre assistant de J. Schotte, Michel Legrand, s’est avéré être d’abord, comme moi, un freudien convaincu, puis un critique acerbe de l’idéologie réactionnaire sous-tendant le freudisme et le lacanisme . Là encore, le Président de l’Ecole belge de psychanalyse n’avait pas du tout compris qu’il avait affaire à un futur renégat.

Pour revenir à Sophie Robert :

ou bien elle n’a pas tendu un piège (elle en est arrivée au fil du temps, en toute bonne foi, à trouver le discours freudo-lacanien de plus en plus aberrant et inefficace),

ou bien elle a manipulé. Mais, si cette seconde hypothèse est la bonne, il faut reconnaître que tous ces analystes de « renommée nationale voire internationale » n’ont, pour reprendre l’expression de Férenczi et Rank, « pas plus d'intuition qu'un petit garçon ».

Quand un(e) journaliste prend contact avec moi, qui ne suis qu’un petit Belge sans renommée internationale, je prends toujours la peine de voir via Internet de qui il s’agit (cela ne prend que quelques minutes). Si son nom n’apparaît pas ou quasi pas dans le moteur de recherche, je lui réponds que je suis malheureusement trop occupé (j’ai en effet autre chose à faire que donner des interviews sans lendemain). Actuellement, plus de la moitié de mes patients ont tapé mon nom dans un moteur de recherche avant de me consulter. Ils me parlent, en passant, de documents qu’ils y ont lus à mon sujet. Aujourd’hui, la majorité des intellectuels ont le « réflexe Google » pour ne pas perdre leur précieux temps. Comment ces analystes, champions de la pensée soupçonneuse, voire paranoïde, ne se sont-ils pas méfiés ? En vérité, ils sont tellement convaincus de leur valeur, leur Moi est tellement gonflé, qu’ils se voyaient déjà glorifiés via Arte. On les comprend : avec France-Culture et Le Monde, Arte est le média par excellence de la diffusion de la doctrine psychanalytique pour les happy few.

D’autre part, Sophie Robert aurait-elle présenté un document orienté, qui aurait le droit de lui jeter la première pierre ? Ceux qui ont vu des émissions d’Arte sur Freud ou sur d’autres chaînes françaises ont pu constater que les réalisateurs orientent systématiquement les documentaires dans le sens des légendes freudiennes . Pire : ils mentent sans vergogne. J’ai montré des années durant à mes étudiants un film d’Arte sur Freud où l’on voit Mme Roudinesco et Peter Gay présenter le cas d’Anna O. comme une réussite spectaculaire de la psychanalyse, alors que tous les historiens du freudisme savent parfaitement que « la cure par la parole » avait exacerbé ses troubles au point de devoir l’envoyer dans un institut psychiatrique.

Pour des détails sur Anna O, voir l’ouvrage tout récemment paru de Mikkel Borch-Jacobsen, le meilleur historien actuel du freudisme :

Les Patients de Freud. Ed. Sciences humaines, 2011, 224 p., 14 €

Pour un aperçu,

Taper dans un moteur de recherche : EDPH2277

puis cliquer sur « documents » et enfin choisir : Patients_de_Freud.doc

Dès qu’il s’agit de venir en aide à un public dupé, exploité, ignorant ou naïf, victime des puissances d’argent et de pouvoir, on a le droit, si pas le devoir, de faire des documents qui aient une certaine force démasquante et même d’employer des méthodes comme la caméra cachée. Il en va ainsi pour la scientologie, l’astrologie et d’autres pseudosciences, parmi lesquelles le freudisme, le lacanisme et le kleinisme.

Il y a quelques jours, la première chaîne de télévision flamande a diffusé un long documentaire sur le sucre. On y voyait : d’abord une famille ayant décidé de ne plus consommer des desserts et des sodas pendant un mois, ensuite les différents méfaits du sucre, une apologie d’une petite plante (stévia) qui donne la saveur du sucre sans aucun des inconvénients du sucre de betterave, un professeur de l’université de Louvain, très convaincant, ayant fait des recherches sur cette plante, la dénonciation du lobby des producteurs de sucre de betterave qui avait entravé durant des années l’autorisation d’employer la stévia dans des biscuits et autres aliments. L’émission se clôturait sur des déclarations de la famille qui avait éliminé une grande quantité de sucre : le père avait perdu plusieurs kilos, l’aîné des garçons disait mieux dormir et les parents ajoutaient qu’il était moins nerveux. Aucun producteur de betteraves n’est apparu à l’écran. On peut trouver cela scandaleux, car que vont devenir ces braves cultivateurs de betterave si on remplace de plus en plus leur production par celle de la stévia ?

Si Sophie Robert est condamnée pour avoir fait un documentaire orienté, il faudra également condamner le réalisateur de ce documentaire sur le sucre, mais surtout quasi tous les journalistes qui interviewent des hommes politiques. On imagine facilement les politiciens, de gauche comme de droite, venir encombrer les tribunaux avec des histoires de « Castration » ou de leur propos.



2. Le soi-disant traficotage des interviews

Mme Eliacheff déclare :

« L’une de ses techniques [de Sophie Robert] a consisté à refaire hors champ une question concernant l’autisme en donnant comme réponse des phrases tronquées extraites d’un autre contexte. L’effet de ridicule est assuré mais plus grave, le message est inversé » (je souligne)

Sur quels faits précis Mme Eliacheff se fonde-t-elle pour affirmer que Sophie Rober a utilisé cette technique d’« inversion » ? Est-elle extralucide ? Elle ne donne PAS UN SEUL EXEMPLE. Il faut la croire sur parole.

Actuellement, très peu de personnes peuvent en juger. Pas même la juge au moment de présider l’audience du 8 décembre (elle n’avait pas encore visionné les rushes), pas moi et pas davantage Mme Eliacheff. En l’absence de l’examen approfondi des rushes, nous ne pouvons absolument pas en juger. Il me revient que, lors du procès, les plaignants n’ont PAS donné UN SEUL EXEMPLE CONCRET du procédé d’« inversion » qu’aurait utilisé Sophie Robert à leur encontre.

Mais pour Mme Eliacheff il s’agit d’une évidence. La mise en question de la doctrine et de la corporation ne peut être que l’expression d’une honteuse malhonnêteté.



3. Le trépied de Mme Eliacheff

Mme Eliacheff déclare :

selon S. Robert, les psychanalystes « sont les uniques responsables du retard pris par la France dans la mise en place de méthodes éducatives qui, elles seules, je dis bien seules, seraient efficaces. En réalité, ces spécialistes de l’autisme non seulement défendent, mais mettent en pratique un trépied comportant, comme l’un d’eux le résume, une approche éducative toujours, une approche pédagogique si possible et une approche thérapeutique si nécessaire ».

1° La France, en matière de traitement de l’autisme, a pris un retard considérable par rapport à la majorité des pays occidentaux. Son retard concerne également la psychothérapie et d’autres domaines médicaux. Le professeur Alexandre Minkowski, qui avait réellement une réputation internationale pour des recherches médicales de haut niveau, a décrit ce décalage de la France par rapport à d’autres pays, notamment les Etats-Unis. Pour prendre mieux la mesure des dégâts provoqués par dogmatisme des mandarins, j’invite le lecteur à taper dans un moteur de recherche : EDPH2277

puis cliquer sur « documents » et enfin choisir : Universites.US.versus.France.doc

2° Quant à recommander un « trépied comportant, comme l’un d’eux le résume, une approche éducative toujours, une approche pédagogique si possible et une approche thérapeutique si nécessaire », c’est peut-être le cas de « l’un d’eux » comme le dit Mme Eliacheff, mais ce n’est pas du tout le cas des autres. Pour confirmation, je renvoie aux parents d’enfants avec un trouble autistique et aux différents sites que des parents désespérés ont constitués pour s’épauler.

Ce n’est que sous la pression des événements ACTUELS que les membres de la CIPPA se sont empressés de faire le mois dernier des déclarations en totale contradiction avec ce qu’ils pratiquent réellement depuis des années et dont témoigne le film de Sophie Robert. Par exemple, Alexandre Stevens, l’un des trois accusateurs, est parfaitement explicite quant au refus de l’approche éducative des TCC :

« Dans le monde francophone, l’envahissement par les techniques cognitivo-comportementales est un envahissement nouveau, récent, mais très présent actuellement. La psychanalyse se bat contre cet envahissement, n’est-ce pas. Certain nombre de collègues, spécialement Jacques-Alain Miller, ont pris la tête de cette lutte, de ce combat, d’autres aussi dans d’autres mouvements, n’est-ce pas. C’est un combat très important pour maintenir vivant la dimension au fond de la subjectivité par... c’est-à-dire des singularités de chaque sujet par rapport au fond à cette idée comportementale du réglage par cases »

Le traitement de l’autisme illustre cette conclusion du célèbre épistémologue anglais, Frank Cioffi, qui a été un des premiers à mettre le doigt sur les mensonges de Freud (fausses guérisons, cas inventés, etc.) : « le mouvement psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les plus corrompus de l'Histoire ».



4. Mais pour qui roule Mme Eliacheff ?

Mme Eliacheff déclare dans son émission :

« Mais pour qui roule Sophie Robert ? Pour une association de parents d’enfants autistes, “Vaincre l’autisme” qui mène depuis des années une véritable croisade d’intoxication contre les psychanalystes. »

En fait, le film se trouve sur le site d’« Autistes sans frontières ».

Mme Eliacheff ignore peut-être qu’il existe plusieurs associations, mais c’est très peu important.

Ce qui l’est infiniment plus, c’est de savoir pour qui roule Mme Eliacheff.



1ère hypothèse

Mme Eliacheff roule pour le lobby lacanien, puissant, riche (pensons seulement à l’immense fortune amassée par Lacan et héritée par J.-A. Miller, qui a fourni son avocat aux trois plaignants), un lobby omniprésent sur France-Culture, Le Monde et quantité d’autres pourvoyeurs de l’idéologie freudo-lacanienne.

Pour des illustrations de ce lobby, on lira avec profit l’article d’Esteve Freixa i Baqué

« Le pouvoir (pas le moins du monde occulte) des psychanalystes »

paru dans la revue Science et pseudo-sciences (n° 293). Disponible en ligne :




Ou encore, de Patrice Van den Reysen

« Lettre à la chaîne de télévision franco-allemande : ARTE » :




2e hypothèse, dans le style freudien : la fidélité à la mémoire de la mère

Mme Eliacheff est la fille de Françoise Giroud, qui a eu l’immense privilège d’être psychanalysée par Lacan lui-même, pendant 400 séances, à un prix d’ami. Il y a là de quoi vouer une reconnaissance éternelle au Gourou parisien.

Dans Leçons particulières, la co-fondatrice, avec J.-J. Servan-Schreiber, de L’Express, consacre huit pages à son analyse chez Lacan. En 1963, elle a entrepris ce traitement suite à une rupture sentimentale, très mal vécue parce que « l’homme qu’elle aimait avait préféré une autre femme ». A l’époque, elle était déjà amie de Lacan. Elle écrit : « Il n’est pas d’usage qu’un analyste traite quelqu’un de proche, mais il se moquait des usages. Je fus bientôt parmi ses patients » (éd. Le livre de Poche, 1990, p. 106).

Soulignons au passage que les dirigeants politiques et les journalistes — détenteurs du quatrième pouvoir — bénéficient toujours, chez les psychanalystes soucieux de la propagation de leur doctrine, d’un statut tout à fait particulier.

La journaliste de L’Express a manifestement bénéficié de grands privilèges. Elle écrit :

« Le prix, c'était à la tête du client. Il [Lacan] ne m'a jamais matraquée, peut-être par amitié. Certains ont rapporté qu'il expédiait ses patients en dix minutes . Je ne suis jamais restée chez lui moins d'une demi-heure, toujours écoutée avec attention comme deux mots percutants, lâchés ici ou là, le montraient. Peut-être, dans ses dernières années, a-t-il été moins scrupuleux, ou disons plus cynique, désenchanté » (p. 111).

À lire F. Giroud, on constate que le bénéfice de ses 400 séances se résume à deux choses : ne plus « crouler sous le poids des mots refoulés, des cris avalés, des conduites obligées, de la face à sauver, toujours cette sacrée face » (p. 105) ; « reconstruire avec un homme une relation harmonieuse et solide sur un nouveau diapason » (p. 109). Quelques années plus tard, elle répétera : « Quand la représentation que l'on se fait de soi devient insupportable, le remède est là. [...] Ne plus rougir de soi, c'est la liberté réalisée. C'est ce qu'une psychanalyse bien conduite enseigne à ceux qui lui demandent secours » .

N’étant plus analyste freudien, je m’en tiendrai à ces hypothèses, sachant parfaitement qu’on peut en imaginer encore bien d’autres. Je m’abstiendrai d’affirmer la véritable motivation qui fait rouler Mme Eliacheff.

Notes :

Tout à la fin de sa vie, Freud, une fois de plus, écrit : « La psychanalyse est une partie de la science de l’âme (ein Stück der Seelenkunde). On l’appelle aussi “psychologie des profondeurs” («Some elementary lessons in Psycho-analysis» (1938), rééd. dans Gesammelte Werk, Fischer, XVII, p. 14). Freud s’est défini comme un investigateur de l’âme et non comme un observateur du comportement. Pour lui, les comportements ne constituent pas un objet d’étude en soi : ils ne sont qu’un reflet mensonger et inintéressant des profondeurs de l’âme. De là, la négligence de la simple observation de comportements et l’élaboration d’interprétations délirantes, sous prétexte d’être le Champollion de l’Inconscient.

La vie et l'œuvre de Sigmund Freud, P.U.F., 1969, tome III, p. 198.

Aujourd’hui, à l’université de Louvain, le système a radicalement changé. Les commissions de nominations tiennent fortement compte de la valeur des recherches effectuées et des publications dans des revues de haut niveau. C’est ce qui explique que les nominations de psychanalystes deviennent de plus en plus rares.

Voir p.ex., M. Legrand, Psychanalyse, science, société. Maradaga, 1983, 280 p.

Pour une revue des principales légendes freudiennes, voir



In C. Meyer et al., Le Livre noir de la psychanalyse. Ed. Les Arènes, 2005, p. 45.

Pour des témoignages sur l’assuétude de Lacan à l’argent et sur la pratique extraordinairement rentable des didactiques : taper dans un moteur de recherche : EDPH2277 - puis cliquer sur « documents »

et choisir les texte suivants : Argent.Lacan.doc — Argent.Miller.doc

L’analyse de Fr. Giroud s’est déroulée de 1963 à 1967, époque où Lacan pratiquait déjà les séances courtes, mais pas encore ultra courtes, ni les « séances zéro », où les futurs analystes lacaniens venaient simplement payer, quotidiennement, le privilège d’être membre reconnu par l’École freudienne de Paris.

F. Giroud, Le nouvel Observateur, n° 1610, 14-20 septembre 1995. « Ne plus rougir de soi », s'estimer davantage : c’est un apprentissage que favorisent, avec raison, beaucoup de psychothérapies. Les thérapies comportementales et cognitives s'en sont fait une spécialité. Voir p.ex. F. Fanget : Affirmez-vous ! Odile Jacob, 2000, 222 p. — Osez. Thérapie de la confiance en soi. Odile Jacob, 2003, 288 p.




Jacques van Rillaer

Professeur de psychologie émérite à l’Université de Louvain-la-Neuve

& aux Facultés universitaires St-Louis (Bruxelles)

jeudi 8 décembre 2011

J'ai testé pour vous... le procès du "Mur"

Je suis venue de Belgique. J’étais la « preumse » car partie bien en avance par peur des bouchons (finalement inexistants).

J’étais là, avec la photo de mon fils en collier, le badge à mon nom et titre sur le côté gauche de mon manteau, quand je les aies vues arriver, les autres mamans crocodiles. Impossible de les rater : une avec un énorme croco en plastique sur le dos, l’autre avec des pancartes…

Puis d’autres personnes, et encore d’autres, des parents, des associatifs, des professionnels, certains célèbres, venus soutenir Sophie Robert.

Le policier du palais de justice de Lille vient nous demander ce qu’on fait là. « - C’est une manifestation de soutien, pas de protestation » (dis-je avec un grand sourire naïf et confiant, pas fait exprès c’est ma nature). Bon, ça va dans ce cas.

Puis on passe les portiques. Ouvrir les manteaux, poser les sacs, vider les poches. Les mamans qui ne veulent pas quitter leurs pancartes doivent rester dehors.

On s’installe. Toutes les places sont prises. Mais comme j’ai mes 2 cannes de marche (ben oui, toujours nécessaire quand de la marche assez longue est prévue ou bien de la station debout, toujours pénible), un gentil monsieur prie, dans les premiers rangs, l’assistance de se pousser pour que je puisse m’asseoir. C’est le côté positif du handicap, les jaloux prenez mon syndrome d’Ehlers-Danlos avant de crier au privilège, après on en reparlera.

J’ai pu donc admirer les magnifiques croquis de mon voisin de gauche, un belge néerlandophone qui venait de sortir un bloc-notes où l’on pouvait déjà voir ses œuvres précédentes. Il s’amusait à croquer la cour. Je lui demande : « Bent U journalist ? » (Êtes-vous journaliste ?) Il me répond : « Pire que ça » « Avocat ? » « Pire que ça, psychanalyste ». Je me suis mordue la lèvre pour ne pas lui demander s’il faisait des heures sup’ avec ses dessins. On voyait qu’il avait une longue pratique, peut-être obtenue de l’autre côté du divan, peut-être quand le patient est autiste, car, comme on le sait depuis le mur, un psychanalyste « avec un autiste [ça] en fait très peu, [ça] attend qu’il se passe quelque chose ».

Ça commence très fort. Violente dispute entre la présidente du tribunal et un assesseur qui a changé l’ordre de passage des procès. Nous assistons donc à un premier service qui ne nous concerne pas, une sombre histoire de famille avec des documents de vente contestés.

Puis, nous avons droit à la séance principale, celle pour laquelle ils sont venus, ils sont tous là…. Même les mamans maudites. Qui ne vont pas mourir, du moins ce n’est pas prochainement prévu, faut pas croire tout ce que raconte Aznavour.

Mes notes du procès (ce sont des notes rapides, donc pas forcément les paroles exactes ni exprimées en entier, mais le sens principal y est, pitié, pas de procès, et pardon pour le style télégramme parfois) :

1) L'avocat des plaignants 
  • Ce n’est pas le procès de l’autisme ni du soin, c’est celui du droit à l’image
  • Sophie Robert les a abordés pour sa société Ocean Invisible Productions afin de réaliser un film qui serait intitulé « Voyage dans l’inconscient »
  • La séquence sur l’autisme est la 2e partie des enregistrements
  • Les plaignants ont été respectivement enregistrés pendant 3 h, 2 h, 1 h
  • Ils n’ont pas vu le film avant sa diffusion
  • Film devenu depuis « Le Mur, la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme »
  • Film politique, montage, points déformés
  • Premier procès : requête pour obtenir les rushes (acceptée)
  • Résistance de la part de la partie adverse --- retranscription partielle, cause évoquée : secret des sources, mais la source ce sont les interviewés
  • Le tribunal va examiner les rushes
  • Ce genre de diffusion se base sur un accord tacite de montage, soit respecter l’esprit général des rushes mais les coupures ont dénaturé les propos
  • Quand Mme Solano-Suarez (une des plaignants) a demandé de visionner le film avant sa diffusion, la réponse de Mme Sophie Robert fut que c’était une demande typiquement féminine
  • Le discours de Sophie Robert était que « votre voix va être adossée à d’autres pour faire une voix plurielle » --- mélange --- vérité impossible
  • Le but de Sophie Robert était de faire dire que la mère était coupable alors que les psychanalystes n’ont jamais dit cela
La Présidente alors le rappelle à l’ordre : ce n’est pas le procès d’aujourd’hui, le soin de l’autisme. 
  • Une question a été plaquée sur une réponse à une autre question et c’est sans cesse comme cela
  • Les thérapies cognitivo-comportementales s’apparentent à du dressage de chimpanzé
  • Nous ne demandons pas d’Euro symbolique, mais comme Léon Blum dans son discours à propos du suicide de Roger Salengro, nous réclamons une forte somme afin que ce procès soit dissuasif : 270 000 euros.
  • Si Sophie Robert retire les propos des trois plaignants de son film, ça ira, sinon on demande l’interdiction complète.
  •  Et nous demandons aussi la publicité du jugement sur le site d’Autistes Sans Frontières qui diffuse le film. 

Mes réflexions :

C’est la base même de la prise en charge psychanalytique de l’autisme de dire que la relation à la mère est défaillante : cette mère serait trop froide, ou trop fusionnelle, etc.

Si les TCC s’apparentent à du dressage de chimpanzé, mais qu’elles ont réussi à rendre mon fils autonome et brillant alors qu’il était très handicapé, ben je veux bien faire du dressage de chimpanzé tous les jours. Ça vaut mieux que la torture du packing.


Ici, c’est un jugement, pas une fabrication de bouc émissaire. Un procès n’a pas pour but d’être dissuasif. Il a pour but de rendre la justice, et la justice c’est que Sophie Robert n’a pas diffamé.


2) L’avocat de Sophie Robert  
  • Nous aussi, nous avons vu les transcriptions intégrales, et on n’en a pas la même lecture
  • L’interviewé participe --- réponses spontanées pour une information, donc les interviewés ne sont pas co-auteurs
  • L’opposition entre la psychanalyse et les TCC : Et oui, la Terre est ronde
  • Troubles de la relation mère/enfant --- autisme = propos du film fidèle aux propos de 2 plaignants. Le discours de l’autre plaignant, plus court, n’est pas dénaturé
  • La France a été condamnée par le Conseil de l’Europe pour sa prise en charge de l’autisme
La Présidente rappelle que ceci est hors du débat juridique  
  • Ce film et très urgent --- un outil pédagogique 
La Présidente rappelle que ce n’est pas le problème du tribunal  
  • Aucun des propos n’a été dénaturé 


3) L’avocate de l’association « Autistes Sans Frontières » 
  • L’association n’est en rien responsable de la création du film. Après avoir visionné le film monté, elle a décidé de le diffuser
  • Pas de droits d’auteurs pour les interviewés : le réalisateur est l’auteur
  • Le film n’est qu’une partie, voilà pourquoi c’est découpé (il y a encore deux volets en attente de montage)
  • L’autorisation est valable --- ce sont les propres propos qui ont été diffusés
  • Autistes Sans Frontières a diffusé pour aider les familles à trouver les bonnes méthodes
  • Film polémique ? OUI
L’avocat des plaignants demande que cette phrase sur la polémique soit enregistrée. 
  • Même dans des discours coupés au montage, ces mots sont d’une violence rare, choquants 
Elle cite deux phrases du film, l’avocat de la partie adverse proteste : ces phrases sont d’autres interviewés, pas des plaignants. Il s’avère finalement que l’une est bien d’une plaignante.  
  • Le tribunal va voir quels mots ont été dits et quels « bidouillages » ont été faits
  •  « Chimpanzés » --- choquant 
  • Sommes demandées --- choquant 
  • Avec 270 000 €, on peut envoyer 30 enfants dans une école pendant un an
  • C’est demandé à une association sans but lucratif 
La Présidente annonce que le jugement sera rendu
 le 26 janvier 2012.
  
Une pensée émue pour Amandine qui s’est retrouvée dans le tribunal à côté de Crocodile Geneviève… 
Bises à toutes les autres mamans, mes sœurs de combat.

lundi 5 décembre 2011

DressageS

Quels résultats l’étude sur le packing dirigée par le Pr Delion fera-t-elle ressortir ? Je suis très honorée d’ouvrir ici encore une fois mon modeste blog au Professeur Jacques Van Rillaer, pour cet article écrit en quelque sorte à quatre mains, par claviers et écrans interposés.






Les images choc de cet article illustrent des traitements dont le "packing" du psychanalyste Delion et Cie est une version à pleine modernisée. Car le packing n'est pas typiquement freudien. Il est un avatar de la psychiatrie des XVIIIe et XIXe siècles.

Des images de la version moderne ici.

Il ne serait pas étonnant que, grâce à sa technique, Pierre Delion constate des résultats « positifs », à savoir que des enfants s’adaptent davantage aux normes de son Service. Toute l’histoire de la psychiatrie est remplie de traitements barbares, qui ont motivé des malheureux à se comporter comme l’exigeaient les « soignants », tout simplement pour éviter des « doses » supplémentaires de traitement (Pour un ouvrage avec excellente iconographie sur les supplices endurés, voir : Quetel, C. & Postel, P., Les fous et leurs médecins, de la Renaissance au XXe siècle. Hachette, 1979).

Quand on pense que ces honorables psychanalystes assimilent les méthodes éducatives de l’autisme à du dressage car elles sont basées sur les « renforçateurs » (les récompenses). Ça fait un peu l’hôpital qui se fout de la charité… Puisque l’éducation est pour vous un « dressage » MM. Les psychanalystes, et bien, à choisir entre deux méthodes de « dressage », celle des comportementalistes ou celle des packeurs, je préfère celle sans cruauté.