dimanche 23 juin 2013

Année scolaire 2039-2040



Mes petits-enfants, les jumeaux Albert et Janet rentrent de l’école. Ils ont eu cours d’histoire aujourd’hui et rentrent bouleversés.
 
Mamé, est-ce vrai qu’en France jusqu’en 2020, on prétendait « soigner » les autistes avec la psychanalyse ? Qu’on considérait l’autisme comme une psychose ? Il paraissait même que l’on considérait encore, 30 ans auparavant, l’homosexualité comme une maladie mentale…
 
Janet me montre son hologramme, au cours en question (dans le chapitre sur le charlatanisme et les sectes, le sous-chapitre : la psychanalyse, une secte qui a réussi).
 
La psychanalyse, technique mise au point par Freud entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, qui prétendait guérir les affections mentales au moyen de l’exploration de l’inconscient par cure analytique, soulageait surtout le portefeuille du patient.
 
Dans certains pays d’Amérique Latine, comme l’Argentine et le Brésil, et en France, les « héritiers » de Freud ont bâti un véritable empire, tenant pendant des décennies la médecine psychiatrique sous leur joug, s’infiltrant à tous les niveaux de la société (médecine, travailleurs sociaux, médias, politiques…), et, par leur prosélytisme dans le grand public, bien aidés en cela par la majorité des médias, ils ont bénéficié d’un véritable pouvoir occulte qui leur garantissait une manne financière, dans le secteur public ou libéral pour l’exercice de leur métier, plus leurs chroniques dans les médias, leurs ouvrages destinés au grand public…
 
Ils étaient très soucieux de garder leurs prérogatives, et attaquaient violemment par tous les recours possibles les rares personnes qui essayaient de dénoncer le système qu’ils avaient mis en place.
 
La mainmise sur la société de ce mouvement aux doctrines misogynes et homophobes a conduit la France à son plus grand scandale sanitaire jamais connu : la tragédie des autistes, que nous développons dans le chapitre dédié à partir de l’hologramme 118.
 
Un documentaire « Le Mur » qui levait le voile sur cet aspect de la psychanalyse, fut même censuré, sa réalisatrice condamnée à de lourdes indemnités, ses travaux ultérieurs boycottés.
 
Tout comme pour l’homosexualité qu’ils affirmaient être une maladie et prétendaient pouvoir guérir :
« Les arguments des «pro-psychiatrisation» reprennent les théories freudiennes et restent dans la lignée des psychiatres de la fin du XIXe siècle, bienveillants mais ‘pathologisants’ : il faut traiter et ne plus punir. Ils crient à la manipulation politique, dénoncent les pressions du lobby gay et l’absence d’avancées scientifiques en faveur du retrait du diagnostic. »
 
 
Ils tenaient à peu près le même discours pour l’autisme :
 
« Les arguments des psychanalystes reprennent les théories de Bettheilem et restent dans la lignée de ce psychologue du XXe siècle, rejetant la faute sur la mère pathogène dans un premier temps, adoucissant leur propos publics devant le tollé soulevé et parlant de l’autisme comme d’un « choix du sujet » - mais en privé continuant à culpabiliser les mères. Ils crient à la manipulation politique, dénoncent les pressions du lobby associatif de parents et pro-éducation et réfutent les avancées scientifiques qui démontrent les sources biologiques de l’autisme ». 
 
Mes petits-enfants n’arrivaient pas à croire ce qu’ils lisaient. Alors, cultivant l’art d’être à la fois leur grand-mère et le témoin d’une époque noire heureusement révolue, je leur racontais toute l’histoire.
 
Ma chance d’habiter la Belgique et d’avoir pu y scolariser mon enfant, leur père, ce brillant jeune homme qui est passé de quelques années à enfant lourdement handicapé à meilleur élève… Mon combat pour que d’autres enfants puissent avoir la même chance… Mes rencontres avec le réseau de la résistance, dont certains membres se devaient de rester dans l’anonymat, par crainte pour leur carrière… Les batailles que nous avons menées, certaines perdues, d’autres remportées jusqu’à voir la fin de la « cure » psychanalytique de l’autisme, et nos enfants français handicapés enfin inclus à l’école de la république.
 
Y compris vous, mes chers petits, puisque votre papa est retourné en France pour y diriger le Service Universitaire Spécialisé pour personnes avec Autisme – France. Et que nous l’avons suivi afin de rester près de vous.
 
 
 
Merci à Josiane qui m’a inspiré cette histoire. Et à Wolfgang qui m’a fourni les prénoms de ses deux « futurs enfants ». Albert en référence à Einstein, bien entendu (il est fan).
 
 

2 commentaires:

cecile lobjois a dit…

youaou !!!! vous etes une virtuose du mot !! je suis fan !!! merci de nous avoir conté ce pan noir de notre histoire !

nora, france 23 juin 2040










Katarzyna a dit…

Merci Isabelle,
On s'y croirait ;)
Vivement 2040!!