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dimanche 18 novembre 2012

La fin d'un mythe



Philippe Val, directeur de France Inter, s’est-il fait-il l’allié objectif de l’extrême droite en cautionnant un penseur d’extrême droite : Sigmund Freud ?


par Jean Cottraux, psychiatre honoraire des Hôpitaux 
et ancien chargé de cours à l’université Lyon 1.


Philippe Val répondant a l’abondant courrier qui critiquait la journée sans débat consacrée à la gloire de Sigmund Freud, le 9 Novembre 2012 sur France Inter, a cru bon d’attaquer les auteurs du livre noir de la psychanalyse (Les Arènes, 2004) en les taxant d’être des personnages « louches et d’extrême droite », sur les ondes de France Inter, le 15 Novembre 2012. En tant que co-auteur du « Livre noir de la psychanalyse » je vais essayer de répondre à Philippe Val sans le stigmatiser.




Sa réponse  montre que le gauchisme de Philippe Val s’est inversé en son contraire : une pensée d’extrême droite élitiste, autoritariste et méprisante.  Philippe Val, à son insu, se soumet inconditionnellement à un penseur d’extrême droite: Sigmund Freud. Il est grand temps qu’il ouvre les yeux. A l’appui, voici trois pages extraites de mon ouvrage : « Choisir une psychothérapie efficace,  Odile Jacob, 2011, pp 75-77) » qui se fondent sur des documents  accessibles à tous. Elles montrent un Freud bien différent de sa légende : Freud était, en fait, un partisan de l’austro-fascisme du Chancelier Dolfüss.




Sur le plan politique, Freud se situait nettement à droite – en témoigne Pourquoi la guerre (1933), qui reprend sa correspondance avec Albert Einstein. Après une critique virulente de l’Union soviétique et un éloge des rois qui ont fait la France, qui semble tout droit issu de L’Action française, Freud nous assène cette profonde vérité: «Il faudrait consacrer davantage de soins qu’on ne l’a fait jusqu’ici pour éduquer une couche supérieure d’hommes pensant de façon autonome, inaccessibles à l’intimidation et luttant pour la vérité, auxquels reviendrait la direction des masses non autonomes. […] Aujourd’hui déjà, les races non cultivées et les couches attardées de la population se multiplient davantage que celles hautement cultivées » 

Ce passage aurait tout aussi bien pu être écrit par le prix Nobel de médecine Alexis Carrel (1873-1944), qui fut un ardent «collabo» et l’auteur de L’Homme, cet inconnu (1935), ouvrage eugénique, qui préconisait l’élimination des populations inutiles d’Europe et proposait qu’un consistoire de savants conseille les dictateurs. Voyons ce qu’écrit Alexis Carrel trois ans après Freud: «Pour la perpétuation d’une élite, l’eugénisme est indispensable. Il est évident qu’une race doit reproduire ses meilleurs éléments. Cependant, dans les nations les plus civilisées, la reproduction diminue et donne des individus inférieurs.» Ce dangereux rapprochement n’est pas un accident dans la pensée freudienne. Sa vision élitiste du monde s’exprime dans deux autres ouvrages : «Le prix que nous payons pour l’avancée de la civilisation est la perte du bonheur qui résulte de l’augmentation du sens de la culpabilité» (Malaise dans la civilisation, 1929-1930). « Ce n’est que grâce à l’influence de personnes qu’ils reconnaissent comme leurs guides que les hommes se laissent inciter aux labeurs et aux renoncements sur lesquels repose la civilisation?» (L’Avenir d’une illusion, 1927). Rappelons que le mot guide se traduit en allemand par Führer.



Freud dédicaça flatteusement un de ses livres à Mussolini et, bien que les nazis aient brûlé ses ouvrages, il se servit de son élève anglais Ernest Jones pour essayer de maintenir une psychanalyse 'aryennisée' en Allemagne sous la férule du neveu d’Hermann Göring. Il s’est donc comporté en PDG désireux, avant tout, de sauver sa multinationale et en partisan des régimes autoritaires au nom de la supériorité des grands hommes. Se croyant à l’abri des persécutions, il ne quitta Vienne pour Londres, en 1938, que sous la pression de la princesse Marie Bonaparte, une de ses patientes qui devint psychanalyste. Cette femme énergique et politiquement lucide versa une rançon aux autorités nazies pour lui permettre de quitter le Reich. Mussolini et l’ambassadeur américain William Bullitt étaient intervenus, aussi, en sa faveur auprès du Führer. Freud, au moment de son départ, fut contraint de signer un papier affirmant qu’il avait toujours été bien traité. Il paraîtrait qu’il aurait eu le courage d’ajouter, non sans humour: «Je recommande la Gestapo à tout le monde.»

lundi 3 septembre 2012

Réflexion sur la dépendance dans l’analyse (Par Jean Cottraux)



Extrait d’un échange publié avec l’aimable autorisation de l’auteur :

Il faut bien voir que la dépendance est créée de plusieurs manières :

1. Le désir de guérir même si cela doit être long ;
2. Le désir de devenir psychanalyste par ce que c'est valorisant socialement ou les deux ;
3. La pression de conformité du groupe : l'analyse est la seule solution ;
4. Le dispositif : pas de contact empathique et trois ou quatre fois pas semaine une heure : l'analyse devient le centre de la vie. Pour les psys universitaires les années d'analyse correspondent à un trou dans le CV de publication car on ne peut pas faire autre chose que de perdre huit heures par semaine (séances plus trajet) et gagner de l'argent pour les payer. En fait on retrouve un dispositif qui crée la dépendance comme dans les sectes car il envahit toute la vie. La règle d'abstinence consiste à dire à la personne en analyse de ne pas prendre de décisions importantes durant son analyse. Si elle dure dix ans on peut imaginer le résultat.
5. La dépendance économique : la seule manière de se rembourser est de devenir analyste.


Image : L'Oiseau-Lire

6. Certains analystes ont même écrit qu'il fallait un certain degré de masochisme moral érogène pour faire une analyse.

Cette dépendance survient surtout chez les gens dépressifs et anxieux (et ils sont nombreux) Les analystes disent souvent que ceux qui sont de mauvais candidats à l'analyse sont ceux qui ont des déficits de la pensée et ceux qui pensent trop bien, ou ont une forte personnalité, ou ne souffrent pas assez.



En fait de nombreuses personnes se dégagent de la psychanalyse : 30% au moins dans la statistique de Knight de 1941 arrêtent dans les six premiers mois. Tous les pionniers de la TCC à l'exception de Skinner avaient fait une analyse ou un début d'analyse. Jean Piaget a lui aussi quitté l'analyse et proposé un modèle de l'inconscient différent.



À mon sens ce qui immunise est :

a) Une bonne culture scientifique préalable qui aboutit à mettre en question le creux du système interprétatif ;
b) Une bonne culture littéraire et philosophique qui démonte les prétentions à l'originalité du système et souligne à l'analyste les banalités de ses interprétations, ou leurs plagiats pompeux. Je reste persuadé que l'analyse est une manière pour des petits bourgeois incultes de se donner l'illusion de participer à une grande aventure culturelle. En France les intellectuels français les vrais : Proust, Gide, Valéry, Sartre, Roger Caillois, Camus etc. ne sont pas tombés dans le panneau et Onfray a suivi leurs traces.
c) Une vie personnelle suffisamment satisfaisante ;
d) La possibilité de faire une carrière plus originale en dehors ou contre l'analyse ;
e) Des traits de personnalité que les analystes redoutent : le non-conformisme, l’esprit de contrariété, l'absence de soumission à l'autorité ou l'ouverture etc.


Image : Dakone

Le phénomène de dépendance transférentielle ne se retrouve pas dans les TCC car elles encouragent l'autonomie et une grande partie de la thérapie se passe dans la vie réelle. le transfert et la régression sont découragés, l'alliance se fait sur le mode collaboratif. Les thérapies humanistes en groupe ont présenté des phénomènes d'addiction et de décompensation similaires surtout en cas de leader narcissique. Vous trouverez toutes les références dans le chapitre de mon livre : "les psychothérapies efficaces" sur les thérapies humanistes.