mercredi 22 décembre 2010

La chaîne, le poisson et le centre.

Alexandre me met en maillon d'une chaîne.

L'enjeu est d'expliquer ce qui fait la spéficité centriste.

Beaucoup doutent de l'existence du centre.

Je vais donc leur donner mon sentiment personnel. Qu'est-ce qui fait que je me définis comme centriste et non gauchiste ou droitiste ? Rien à voir avec le fait que sois gauchère pour certaines choses et droitière pour d'autres, et que ces choses n'ont jamais été interchangeables chez moi.

Ce qui définit le mieux mon engagement politique, c'est la parabole du poisson :

"Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toute sa vie".

Je pense qu'être à gauche, en gros, c'est donner le poisson. Je pense qu'être à droite, en gros, c'est confisquer le matériel de pêche. Je pense qu'apprendre à pêcher, c'est être centriste.

Evidemment, ceci est très schématisé et c'est pour cette raison que j'ai insisté en caractères gras. Car cela souffre beaucoup d'exceptions et est très réducteur, malgré que mon discours soit en train de s'enfoncer dans l'épaisseur...

Je vais même appeler ici aux cris de protestation de trolls gauchers et droitiers : au plus on est à gauche, au plus on en rajoute : on pêche le poisson, on le vide, on l'écaille, on le cuisine, on met la table, on débarrasse la table et on fait la vaisselle.
Au plus on est à droite, on confisque le matériel de pêche, les bâtons pour s'en fabriquer, les forêts dont les branches des arbres pourraient être taillées en bâtons...

J'exagère je vous dis ! En fait, je me trompe plutôt, car notre Président actuel qui n'est pourtant pas à l'extrême-droite fait tout cela, lui, au grand désespoir des vrais gaullistes qui savent ce que droite sociale veut dire... Tandis que certains bien plus à droite se montrent préoccupés, au moins dans leur discours, des "petits" citoyens, populisme oblige.

Pour finir ce billet un peu bâclé (mes nombreuses responsabilités font que j'ai encore une tonne de travail à accomplir en ces vacances), je vais essayer de me rattraper en citant un ami qui m'est très cher, il se reconnaîtra :

"Finalement le centre reste à sa place, c'est tantôt la droite tantôt la gauche qui se recentrent et donnent l'illusion d'optique que le centre serait fluctuant".

Il m'avait écrit cette très jolie (et vraie) phrase cet été, je l'ai conservée car cette citation devait l'être, et je lui avais dit que je m'en servirai un jour. Merci à Alexandre de m'avoir permis de le faire.

jeudi 9 décembre 2010

Pizza de PISA (2)

Communiqué de presse de la Ligue des droits de l'enfant (Belgique)

PISA : Pas vraiment de quoi nous réjouir !

Ce mardi, d'aucuns se réjouissaient de la progression de la Belgique dans le classement PISA. Si celui-ci est réjouissant (la Belgique occupe le 11e rang sur 64 pays), il est essentiellement dû aux résultats de la Communauté flamande et, dans une moindre mesure, de la Communauté germanophone. Les quelques progrès que la Communauté française a réalisés en lecture (+14 points) ne doivent pas occulter les difficultés qui s'agrandissent en mathématiques et surtout en sciences.

1. Notre système scolaire reste parmi les plus inefficaces de l'OCDE et est surtout le plus discriminatoire de tous.

Il broie chaque année de plus en plus d'élèves. Le redoublement et les orientations précoces (avant la fin de la 4e secondaire) sont en augmentation constante, l'abandon scolaire est dramatique et on expulse les élèves des écoles de plus en plus rapidement. Chaque année, ce ne sont pas moins de 100 000 élèves qui sont victimes de l'échec de l'école (60 000 redoublements annuels - 13 000 en primaire et 47 000 en secondaire - 17000 orientations précoces vers le technique ou le professionnel, 20 000 abandons et 2 500 renvois).  En outre, on sait que :

  • Les systèmes scolaires qui ne pratiquent pas le redoublement sont les plus efficaces et obtiennent les meilleurs scores aux tests internationaux. Ceci démontre assez que la suppression du redoublement accompagné de remédiations immédiates favorise le nivellement vers le haut de tous les élèves ;
  • Au plus le tronc commun est long (jusque 16 ans), au plus les systèmes scolaires sont équitables. Notre tronc commun se limite à 12 ans (fin du primaire : le premier degré du secondaire est, en fait, un tronc commun différencié. Il ne permet pas à tous les élèves d'acquérir des savoirs et savoir-faire de base communs à tous et participe de la discrimination entre populations scolaires) ;
  • Le fossé entre écoles à population socialement favorisée et celles concentrant les élèves présentant un indice social faible est énorme.



2.  Notre exigence : Une révolution copernicienne rapide.

Il est temps que le politique cesse ses "réformettes" de législature en législature. La grande majorité des élèves - nous estimons la proportions d'élèves discriminés à 70 % - ainsi que de nombreux enseignants - 4 enseignants sur 9 abandonnent l'enseignement durant leurs 5 premières années professionnelles - sont en souffrance. Il est de plus en plus urgent de changer radicalement le système éducatif. Les solutions sont connues. Nous attendons donc des réformes radicales qui visent à créer une véritable école inclusive à savoir :  (L'école inclusive est l'école pour tous, quelles que soient les difficultés d'apprentissage et les spécificités des élèves : sexes, âges, origines, milieux sociaux ou culturels, spécificités physiques ou mentales,...). Pour plus d'informations sur l'école inclusive, lire la Déclaration de Salamanque).

  • Une véritable hétérogénéité scolaire ;
  • La lutte contre le quasi-marché scolaire ;
  • Un vrai tronc commun jusqu'à 16 ans (à tout le moins ! La CIDE impose l'éducation sur base de l'égalité des chances pour tous les enfants, soit jusqu'à 18 ans).
  • La remédiation immédiate et la spécialisation des enseignants dans les difficultés d'apprentissage ;
  • Une réelle gratuité ;
  • Une vraie formation psychopédagogique de tous les enseignants (cursus universitaire)
  • L'intégration scolaire de toutes les différences (L'inclusion est synonyme de pratiques pédagogiques adaptées aux difficultés d'apprentissage. De cette manière, elle bénéficie à TOUS les élèves qui ont des difficultés d'apprentissage).



mercredi 8 décembre 2010

Pizza de PISA (1)

À peine sortie de mon travail de forçat (hier c'était l'enfer) le temps de souffler un peu (30 secondes)...

Et voilà que César me tague sur un sujet auquel je ne peux résister... Je vais essayer de mettre de l'ordre dans mes idées, être sur une bécane de 5h du matin à 1h du matin le lendemain fait qu'elles risquent de ne pas être claires, et pour leur tri c'est pas top.

Alors il faut dire ce qu'on pense de ses propositions pour remettre l'école sur les rails.

a) Réaffecter tous les moyens alloués à ce qui ne sert à rien : Mille fois oui.

César les énumère :

Formation continue des enseignants. Je dirais que l'important, c'est déjà une bonne formation à la base avec, j'insiste, une année de spécialisation pour savoir s'occuper des élèves à besoins éducatifs particuliers. Bon, c'est vrai qu'ensuite, il faut quand même se mettre à jour de temps en temps. Mais c'est vrai aussi qu'il y a des formations... on se demande à quoi elles servent ! Par contre, il y en a qui valent le coup ! Enfin, moi je parle d'expérience belge. Et, dans le domaine des besoins éducatifs spécialisés, ben la formation continue appropriée, bien faite et bien suivie est indispensable. Je répondrai donc oui et non à cette proposition. Sans compter que pour ceux qui enseignent déjà et veulent faire une spécialisation, à moins d'avoir une machine à remonter le temps, va leur falloir la suivre en cours du soir, ici c'est en 2 ou 3 ans je crois.

Inutile aussi selon César, l'éducation civique. Ici, en Belgique, les enfants ont, au choix, soit des cours de religion (catholique, juive ou musulmane ) soit de morale non religieuse, qui s'apparentent en fait plus à des leçons d'altruisme et de réflexion sur l'actualité pour la morale et sont assez fortes culturellement pour la religion (avec des notions des autres religions, de géographie, d'histoire)... Je ne connais pas le programme français à ce sujet, mais le belge est très bien, de ce que je vois avec mon fils. Je ne peux donc pas répondre à cette proposition.

Pour la découverte professionnelle, César nous entretient du bon niveau des troisièmes techniques et professionnelles. En Belgique, la scolarité est obligatoire jusqu'à 18 ans. Quel patron embaucherait un mineur ? Donc nous essayons en fait de prolonger le tronc commun le plus possible. Il y a en plus, comme dans beaucoup de pays, 6 années de primaire. Personnellement, étant née en décembre, j'avais 13 ans à mon entrée en troisième, et je pense que c'était trop jeune pour apprendre un métier. Mais d'autres élèves ayant redoublé une ou plusieurs fois étaient évidemment dans une situation différente.

b) Garantir à chaque établissement scolaire les moyens de mettre en place la remédiation pour les plus faibles (RASED et aide individualisée massive dans les écoles primaires).  Encore mille fois oui, l'aide individualisée c'est le principe de l'école inclusive, et les RASED emploient, en grande partie, le même personnel. Justement, j'ai écrit deux notes qu'on m'a demandé à ces deux sujets, et elles étaient très liées. César, je t'envoie ça, je pense que ça va t'intéresser. Plus de langues aussi demande notre cher hérétique. Oui oui oui. Niveau catastrophique en France. J'avais déjà commenté à ce sujet sur un de tes articles : une question d'oreille ? 

c) Laisser une liberté totale d'utilisation de ses fonds et de sa dotation horaire. Pour les horaires, une souplesse est nécessaire en effet, on doit pouvoir s'adapter à la situation, je l'ai vu lorsque j'ai écrit un projet de reportage sur une école primaire : le scientifique qui suivait l'expérience trouvait que l'emploi du temps de mon fils était trop vague, et en voulait un plus détaillé. Or, le directeur de l'école n'a pas pu m'en donner : c'est impossible de s'en tenir à un horaire très fixe, les évènements peuvent bousculer ces horaires. Nous avons donc renoncé à un tableau d'emploi du temps dans le projet.
Pour les fonds, par contre... Tu fais confiance si facilement, César ? Moi, pas : j'en ai vu de trop belles ! Je te raconterai un jour... Mais je crois plutôt que je me trompe, et qu'en langage scolaire français cela a un autre sens que celui auquel je pense ?

Générer des groupes de travaux verticaux (en ne tenant pas compte de la classe), par exemple en langues vivantes : cela peut être une bonne idée, à tenter en tous cas, mais... peut-être pas pour tous les enfants, je vois ça assez difficilement dans une classe inclusive par exemple, où on a déjà une tendance verticale quelque part, finalement.

d) En finir avec les évaluations bidons. Il ne doit plus s'agir de déterminer la compétence d'un élève, mais son niveau d'entrée dans un établissement,et son niveau de sortie. Tiens, c'est un peu dans la même veine de ce que je viens de suggérer à un scientifique québécois de l'école inclusive : je voulais avoir les chiffres tout simples, la progression des notes chez les élèves "ordinaires" avant/pendant/après l'inclusion et par rapport à une classe de même niveau mais complètement "ordinaire" - car on sait que l'inclusion est bénéfique à tous les élèves, mais les évaluations connues ne reprennent pas ces simples chiffres. Et il est encore en train de chercher à l'heure qu'il est... Toutefois, il m'a conseillé un livre là-dessus, un passage précis, mais je n'ai pas encore eu le temps de le lire. Et je suis là, en train de bloguer...


À suivre, pourtant, le communiqué de la Ligue des droits de l'enfant en Belgique sur le classement PISA. Je parie que tu auras quelques objections à soulever, si tu le lis César, mais c'est grâce à la Ligue que nous avons déjà tant avancé au niveau de l'inclusif. Des passionnés, il en faut, ce sont eux qui font avancer le monde, et même si je ne suis pas toujours d'accord à 100 % avec le Président de la Ligue, Jean-Pierre Coenen, son engagement total est nécessaire pour faire bouger les murs qui emprisonnent nos enfants.