La question de JF est la suivante : Pensez-vous que le gouvernement devrait faire toute transparence sur l'histoire de cet homme qui s'est immolé par le feu au sein du hall d'une CAF?
Ma réponse est évidente et positive. Même, cette mort ne doit pas être inutile puisqu’elle a mis tragiquement en lumière l’inhumanité d’une administration poussée par tous les moyens à couper les vivres aux plus démunis pour économiser des bouts de chandelle. Si le changement c’est maintenant, on ne demande pas une loi pour un fait divers comme le faisait le gouvernement précédent, mais on demande des procédures simples, logiques et humaines.
Quant aux sombres abrutis qui ont osé parler de fraude à propos de cet acte, qu’ils aillent donc regarder les milliards que nous coûte chaque année le travail au noir, ces patrons esclavagistes qui se livrent à la traite d’êtres humains illégaux (ou pas) sur le territoire, dans le bâtiment, la restauration, l’hôtellerie, les services d’entretien… avec droit de cuissage en prime et sécurité aléatoire.
Le problème de fond est la paupérisation de la population. Cela peut nous arriver à tous de perdre notre emploi, notre situation. Cet homme sacrifié, c’est nous. Ne l’oubliez jamais.
Quand un pays n’a plus de quoi nourrir ses enfants, qu’il déporte ses personnes handicapées à l’étranger parce qu’il ne sait pas s’en occuper, et qu’il coupe les vivres, en partie ou totalement à ces mêmes personnes, cela rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. Pourtant, nous en sommes là.
Sous le quinquennat précédent, la taxe professionnelle fut supprimée. Cela partait de l’intention louable de soulager les entreprises pour favoriser l’emploi. (Mais l’emploi dégringola). Les collectivités locales et territoriales qui s’étaient trouvées sans les recettes de la taxe professionnelle (50 % de leurs revenus) étaient de plus en plus à la peine, le désengagement de l’État sur beaucoup de secteurs leur attribuant toujours plus de charges. Les départements ne peuvent plus payer convenablement les établissements belges accueillant les personnes handicapées. D’autres établissements, financés par les Caisses Primaires d’Assurance Maladie se trouvent dans la même situation, au point où en est la Sécu française.
Et bien on en arrive au jour où un directeur d’établissement vous dit « Heureusement qu’il y a quelques pensionnaires plus valides, car je leur fais cultiver un potager et entretenir une basse-cour. Ainsi, je peux les nourrir. » Ça c’est pour ceux qui se sacrifient. D’autres ont dû fermer leurs portes pour raisons financières. D’autres ne renouvellent pas la prise en charge de leurs pensionnaires dont l’organisme est trop mauvais payeur. Retour à la maison ou à l’hôpital psychiatrique en France.
Je vous rassure : les associations dont je fais partie ont alerté les autorités de tutelle. Nous sommes en train de collaborer pour résoudre ces problèmes, mais quand même… Toutes ces histoires sont des signes funestes pour notre avenir.
Et qu’arrivera-t-il si le gouvernement Hollande échoue ? Le retour de l’UMP ? Pas certain, même si l’électeur est connu pour ne pas avoir de mémoire, ces alternances droite/gauche qui l’ont à chaque fois déçu risque d’être arrivées au cycle de trop. Et si… et si… en 2017… c’était Marine Le Pen qui était élue ? Est-ce que toute cette misère, le terreau de l’extrême-droite dans l’histoire, amenait la consécration brune ? La misère amène la hausse de la délinquance, la désignation de boucs émissaires, et le recours à la manière forte.
Le Centre exsangue n’incarne plus depuis 2009 le recours à la 3e voie. La baudruche Europe-Écologie-Les-Verts s’est dégonflée. Mélenchon ne sert qu’à donner des sensations fortes aux bobos, comme les enfants qui adorent regarder le "Muppet Show". Cela lui suffira peut-être pour faire une belle carrière politique personnelle, mais pas aux premières loges ni aux rênes.
Non, le gouvernement Hollande ne doit pas se planter. Que vous soyez de gauche, du centre ou de droite, ce n’est pas à espérer.
Mais n'attendrions-nous pas trop des pouvoirs politiques ? Et si... Et si... demain, les citoyens prenaient eux-mêmes leur destinée en mains, organisés en réseaux puissants qui sauraient peser sur les décisions ?
Pour cela, il faudra apprendre la solidarité... ce n'est pas gagné, quand on voit qu'au bout de 222 ans que nous proclamons ces mots, nous ne savons toujours rien de la signification de "Liberté, Égalité, Fraternité".