Deuxième interview par Pierre Bouillon, journaliste au Soir (Belgique)
Jean-Pierre Coenen, Président de la Ligue des droits des enfants :
"Le redoublement est une maltraitance"
Image : France-Soir
L'enquête Pisa signale que les pays pratiquant le redoublement ont des résultats médiocres.
On le sait depuis longtemps. Le redoublement n'est qu'un symptôme - celui de l'échec, qu'on pratique sans état d'âme. Le fait est que l'on vit un marché scolaire où les écoles se concurrencent en faisant valoir leur niveau d'exigence. On juge que l'échec est normal. La "bonne école" est pyramidale avec 150 enfants en 1ère secondaire, 60 en 6e [NDLuciole : en Belgique, on dit 1ère, puis 2e, 3e... inversement à la France]. Et 90 ont été évacués vers d'autres filières. C'est culturel. Des familles demandent cela. On vit dans une société compétitive.
Il faut bannir le redoublement ?
Oui. Il faut pratiquer la remédiation immédiate. On pratique trop vite l'évaluation sommative - qui sanctionne. Il faut d'abord pratiquer l'évaluation formative - on contrôle le niveau des élèves. Si les compétences sont acquises, on passe à l'évaluation sommative. Sinon, on pratique la remédiation. En classe. Immédiatement. Je suis instituteur. La classe est divisée en deux groupes. Dans chaque groupe, chacun est responsable de ses propres apprentissages et de ceux des autres enfants du groupe. Et les élèves, entre eux, osent se dire les choses. Ils osent se dire : "J'ai pas compris parce que j'étais dans les nuages".
On dit souvent : tout le monde ne peut pas réussir. Faux. Tout le monde peut réussir. Ce qui différencie les enfants, et c'est pour ça qu'il faut une pédagogie différenciée, ce n'est pas l'intelligence, c'est la vitesse d'apprentissage. À l'élève lent, moi, je dis : "Tu veux du temps ? On va t'en donner." Et au bout du compte, il maîtrise les compétences et ses copains qui l'ont aidé ont consolidé leurs acquis en aidant l'élève plus lent. Au total, le niveau de tous a augmenté.
Pisa montre que le redoublement est inefficace, inutile.
Des centaines d'études l'ont montré. On sait qu'un enfant qui redouble va augmenter son niveau jusqu'à Noël avant de retomber au niveau qui était le sien un an avant.
Vous assimilez le redoublement à de la "maltraitance"...
Un enfant qui redouble est en souffrance. Il vit avec le sentiment d'incompétence acquis. Il est extrêmement honteux. J'ai accueilli un élève qui avait redoublé. Il m'a dit "Vous fatiguez pas, j'suis con". Il faut des années pour changer le mental de ces enfants-là. L'école est un droit. Si l'école ne met pas en pratique tout ce qui est possible pour amener les enfants à maîtriser les compétences - comme la remédiation - alors, il y a déni de droit.
La luciole reprend la plume. Elle va poser la questions à d'autres blogueurs : que pensent-ils du redoublement ?
Attention, il peut y avoir des exceptions : on peut tous connaître des cas d'enfants ayant redoublé avec succès à la clé. Mais, comme les études le montrent, pour la très grande majorité, ce ne sera pas le cas.
Aussi, comment s'est passé ce redoublement "réussi" ? Avec remédiation à l'école, à la maison ? Souvent, les parents mettent les moyens après un redoublement : plus d'assistance de leur part, voire l'embauche d'un professeur particulier. Ce qui fait que ce qui profite à l'enfant n'est pas le redoublement en lui-même, mais les moyens mis en oeuvre à cause de lui.
Les blogueurs que je taggue :
Sylvain (l'animateur de la commission éducation au MoDem : à tout seigneur tout honneur), Françoise, membre de cette même commission, César dont on sait la passion pour l'éducation, Minou, qui, je parie, va écrire "des baffes !" dans sa réponse, JF que cela devrait intéresser aussi, une nouvelle venue sur la blogosphère : la petite Claire, et deux blogueurs que je crois n'avoir jamais tagués encore : Frédéric LN et Christian. Tous auront des arguments intéressants à la question, je crois.


